LA PENSEE DU JOUR

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vendredi, mars 12, 1999

Stanley Kubrick, "le dernier grand metteur en scène de cette époque".

Malcolm McDowell

LONDRES, 7 mars (AFP) - Le réalisateur américain Stanley Kubrick, décédé dimanche à l'âge de 70 ans en Grande-Bretagne où il résidait depuis 1961, est l'auteur d'une oeuvre magistrale, douze longs métrages seulement, mais autant de chef-d'oeuvres comme "L'Odyssée de l'espace" ou "Orange mécanique".
Intransigeant, capable de rester des années sans accoucher de la moindre idée, le cinéaste a cultivé un souci d'exigence et de créativité dans des genres souvent éprouvés (guerre, science-fiction, épouvante, farce, amour...), qu'il revisitait avec un regard neuf et une énergie rare.
Le parcours de Stanley Kubrick est celui d'un génie de la caméra. Né le 26 juillet 1928 à New York, élève médiocre, il se lance dans la photo à 17 ans puis réalise, entre 25 et 28 ans, trois coups d'essai, qui préfigurent son talent ("Fear and Desire", "Le baiser du tueur" et "Ultime razzia").
En 1957, il tourne "Les Sentiers de la Gloire", où il dénonce les carnages de la guerre de 1914, l'irresponsabilité du haut commandement français, les mutineries. Le film est interdit en France pendant près de 20 ans avant d'être plébiscité. C'est le premier scandale de sa carrière.
Après "Spartacus", en 1960, un péplum dont on lui impose le scénario, Kubrick s'offre une liberté qu'aucun autre cinéaste n'a jamais obtenu. Il est producteur, metteur en scène, éclairagiste, monteur. Il choisit sa musique et contrôle les copies de ses films.
Si la critique elle-même n'est pas à la hauteur, il la remplace: "pas un seul journaliste n'a vu que le défaut fondamental de 'Lolita' tenait à l'édulcoration de l'érotisme qui faisait l'originalité du roman de Nabokov. Navrant", déclare-t-il ainsi après la sortie de son film.
Mais le cinéaste parle peu. Les mots se figent chez cet homme enveloppé de vestes de velours et caché derrière un collier de barbe noire. Ce sont ses films qui dérangent, autant de coups de tonnerre, de remises en cause, d'essais timidement accueillis par la critique mais systématiquement reconnus plus tard.
Parle-t-on de danger atomique ? En 1962, en pleine crise des missiles de Cuba, sort "Dr Folamour", une farce ubuesque dans laquelle l'apocalypse est évitée de justesse par les puissants de ce monde, une bande de bambins jaloux et d'officiers hystériques.
Puis vient "2001 l'odyssée de l'espace" (1968), apogée de son art, interrogation sur la condition humaine dans un saisissant parallèle entre la conquête du cosmos et celle de l'intelligence absolue, artificielle, dangereuse.
Son tryptique sur l'avenir de l'humanité s'achève avec "Orange mécanique" (1971), dans lequel Kubrick jongle avec l'horreur, la folie, le viol. Le film est "libertaire" pour les uns, "fasciste" pour les autres. Certains voient percer l'identité d'un monstre en sommeil, les Anglais l'interdisent. Mais vingt ans après, la critique le trouve résolument génial.
La réputation du réalisateur est faite: caractériel, fermé, obsessionnel. Et surtout secret, à l'image de ses ambivalentes créatures qu'interprètent Peter Sellers, Jack Nicholson ou Malcolm McDowell, qui avancent masqués mais dominants dans un univers trouble et équivoque.
Lors du tournage de "Barry Lindon" (sorti en 1975), Kubrick demande l'impossible et l'obtient. Tout est filmé à la lumière naturelle, les costumes copient des peintures d'époque, les plans sont tournés quarante fois. Le résultat est époustouflant.
Le personnage de Napoléon le hante, mais le projet n'aboutira pas. Huit ans après "Shining" (1979), une merveille de suspense et d'épouvante, il sort "Full Metal Jacket": la guerre du Viêt-nam en toile de fond et évoque une nouvelle fois la barbarie au coeur de l'humanité.
Le cinéaste a laissé une clé : "Nous ne commencerons pas à nous occuper de ce qui va vraiment mal dans le monde, tant que nous n'aurons pas reconnu au fond de nous-mêmes la face cachée de nos natures, celle de l'ombre".

MERCI Monsieur Stanley KUBRICK et bon voyage !