LA PENSEE DU JOUR

Le blogg de LYRIC

mardi, juin 13, 2000

Quand le rêve devient réalité ...

GREENBELT (Etats-Unis), 13 juin (AFP) - A première vue, l'idée semble tenir de la science-fiction: se déplacer dans l'espace à une vitesse proche de celle de la lumière. Mais avec son vaisseau à propulsion magnétique, Robert Winglee pense y être parvenu.
L'invention de ce génial professeur de physique à l'Université de Washington (Seattle, nord-ouest) n'en est encore qu'au stade du prototype mais, si elle devait voir le jour, elle permettrait de réduire par dix la durée des voyages interplanétaires, rendant possible l'exploration spatiale hors de notre système solaire.
L'agence spatiale américaine prend cette idée tellement au sérieux qu'elle a décidé de financer en partie les recherches. Et des tests grandeur nature doivent être prochainement conduits dans les laboratoires du Centre de vol spatial Marshall de la NASA, à Huntsville (Alabama, sud-est).
"Les simulations informatiques ont déjà confirmé le bien-fondé de ma théorie. Si elle est validée par les tests de la NASA, cela pourrait devenir une réalité à l'horizon 2010", confie à l'AFP le Pr Winglee, à l'occasion d'une présentation de ses travaux au Centre spatial Goddard de la NASA, à Greenbelt (Maryland, est).
Son idée est tellement simple qu'elle a laissé plus d'un scientifique pantois. Elle consiste à entourer un engin spatial d'une "bulle" magnétique capable de défléchir les vents solaires et d'accélérer progressivement la vitesse du vaisseau à 80 km/seconde, soit 288.000 km/h!
A cette vitesse phénoménale, il ne faudrait plus que trois ou quatre ans pour atteindre l'héliopause (la limite de notre système solaire située à 6 milliards de km), contre 42 ans aujourd'hui.
Par comparaison, les navettes spatiales américaines à propulsion chimique se déplacent actuellement à 27.700 km/h (7,7 km/s) et la sonde Deep Space 1, avec son moteur ionique, à seulement 13.000 km/h.
C'est en étudiant les fréquentes éruptions à la surface du Soleil que l'idée a germé dans l'esprit du Pr Winglee. Il s'est aperçu qu'un champ magnétique se formait à l'avant des jets de plasma (gaz ionisés) qui sont violemment éjectés dans l'espace.
Il s'est également souvenu que notre Terre elle-même est protégée de ces vents solaires par une "bulle", la magnétosphère, cet immense champ magnétique qui entoure et protège notre planète.
Les vents gazeux qui s'échappent du Soleil à des vitesses colossales allant jusqu'à 3,6 millions de km/h sont défléchis par cette "bulle", ce qui crée un mouvement de poussée sur la Terre, insuffisant toutefois pour la faire bouger en raison de sa masse énorme.
Mais la poussée pourrait suffire à déplacer un objet de masse plus petite, un vaisseau spatial par exemple, explique le Pr Winglee, le regard brillant d'intelligence derrière ses petites lunettes rondes.
L'idée consiste donc à recréer cette "bulle" autour du vaisseau. L'injection de plasma, de l'hélium par exemple, provoque un gonflement de la "bulle" magnétique et contribue à propulser le véhicule vers l'avant.
"Ce que nous proposons, c'est donc de créer (autour du vaisseau) une bulle magnétique d'environ 20 à 30 km de rayon pour défléchir le vent solaire", explique le Pr Winglee.
Outre sa simplicité, l'aspect le plus remarquable de cette invention, baptisée "propulsion à plasma mini-magnétosphérique" (Mini-Magnetospheric Plasma Propulsion, M2P2), est qu'elle utilise des principes de la physique déjà connus depuis longtemps. Avec elle, plus besoin des immenses voilures en Mylar imaginées par certains pour "surfer" sur les vents solaires.
"Nous en sommes restés à la propulsion chimique depuis l'époque des fusées V-2", déplore le numéro deux de la NASA, Ed Weiler. "Si les hommes veulent un jour atteindre les étoiles, nous aurons besoin de davantage de ce type de pensée innovatrice".