LA PENSEE DU JOUR

Le blogg de LYRIC

mercredi, juillet 18, 2001

L'affaire de la fin du gratuit - Unzine.net
Mardi 10 juillet 2001



Depuis quelques jours, de joyeux lurons et des plaisantins avides, ont décidé d'expliquer à l'internaute qu'il est grand temps de raquer, de casquer, de mettre la main à la poche, parce qu'on n'a plus de fric, et puis, faut le dire, parce que les abonnés, c'est un gage d'indépendance....

La presse a enfin compris la chose. Pour être rentable, faut faire payer ce que l'on a à vendre, plutôt que de le faire financer par des campagnes de pub en ligne que personne ne regarde.

Il faut dire que la pub en ligne a un désagréable avantage (?) sur la pub tout court : on sait immédiatement le résultat. Le quidam a cliqué dessus, il est venu chez nous, on lui a vendu un truc. Le plus souvent, le quidam n'a pas cliqué, il n'est pas venu chez nous, il n'a rien acheté. Pire parfois, il dispose d'un petit logiciel qui lui permet de ne pas voir les pubs, longues à charger et moches par dessus le marché. (oui, le marché). L'internaute n'aime pas la pub. Même TF1 et M6 ont perdu de l'argent en l'an 2000, c'est écrit dans Les Echos.net du 9 juillet.

Ainsi donc, les gourous de toutes obédiences nous racontent sincèrement que, pour vivre et nous abreuver d'informations et d'analyses, il est nécessaire de se vendre, car la gratuité financée par la pub ne paye plus. De plus, ils nous expliquent que tout le monde va être payant, alors faut pas faire la tête, et donner son obole. Encore mieux, Transfert.net nous explique que payer, c'est garantir l'indépendance de l'information.

Tout cela, c'est bien joli. Mais c'est pas vrai.

Si l'indépendance se paye grâce aux sous du lecteur (Le Canard Enchaîné et Charlie Hebdo ne sont pas en ligne pour ces raisons mêmes), payer ne suffit pas à garantir une quelconque indépendance. Il faudrait en plus supprimer complètement la publicité dans la part des recettes de la presse en ligne. C'est là que le bât blesse, ou plutôt que le bas (de laine) s'effiloche. Si deux journaux sont capables de vivre, en France, indépendamment de la publicité, on imagine mal les magazines en ligne faire de même.

Le second argument développé partout, c'est la tendance. Il paraît que « tout le monde y viendrait ». Tous les sites deviendraient payants. La belle affaire.

Il suffirait qu'un seul site d'informations continue à être gratuit pour que - s'il est déjà très dominant (annuaire ou moteur) - il s'adjuge une grande partie de l'ensemble de la manne publicitaire restante (nationale ou mondiale), et qu'il en vive.

Ainsi donc, ceux qui croient faire payer leurs lecteurs pour motif de non-rendement publicitaire, vont en perdre une partie, ceux-là mêmes qui iront grossir les rangs des fournisseurs de contenus gratuits. (et faire augmenter, par leur simple présence, les prix de la pub).

En économie classique, on appelle ça de la concentration.

Mais alors, pourquoi donc en faire un plat de cette fin du gratuit ? C'est pourtant simple : pour rassurer les investisseurs. L'actionnaire-roi a besoin de croire, alors on lui en donne pour son argent. On a « enfin » trouvé un modèle fiable et rentable, retour à la case départ : on fait payer. (Théorie de la rentabilité de l'entreprise, milieu du XVIIIème siècle : « vendre ses produits »)

Bizarrement, je n'ai pas encore vu d'analyste sérieux tirer la fameuse sornette d'alarme et dire à ces braves gens qu'ils vont mourir, mais que c'est pas grave, vu que les gros vont continuer à engranger les revenus publicitaires, moins partagés qu'avant.

C'est drôle ça. Il n'y aurait aucun analyste sérieux dans les grandes entreprises, dans le « conseil » dont on nous rebat tant les oreilles ?

Non, aucun.

grosse.fatigue@free.fr