LA PENSEE DU JOUR

Le blogg de LYRIC

samedi, mars 02, 2002

VOTE OR NOT TO VOTE

Qui sont-ils, ces hommes et ces femmes qui nous demandent de voter pour eux à l'élection présidentielle ? Quelle est leur ambition ? Qu'est-ce qui les fait courir ? Je ne parle pas de leurs idées, de leurs convictions. Mais de cette drôle d'idée : être candidat à l'élection présidentielle.

Vous avez envie d'être président de la République, vous ? Moi, non (scoop). Combien d'entre eux, d'abord, y croient vraiment ? A part les deux athlètes figés dans leurs starting-blocks, l'un à l'Elysée, l'autre à Matignon, attendant que je ne sais qui (Dieu ?) leur donne le top départ, les autres courent pour des prunes. Et ils le savent bien. Oui, c'est vrai, il y a Chevènement, qui va finir par se persuader qu'il y croit vraiment. A force de lire dans les journaux qu'il y croit.

Mais les autres, tous les autres ? Qu'est-ce qu'ils espèrent, qu'est-ce qu'ils attendent ? C'est une vie de chien, candidat à la présidentielle. Tu te lèves et tu te couches à des heures pas possibles, tu manges et tu bois des trucs infâmes, tu passes tes journées en train ou en bagnole, tes soirées à répéter la même chose que la veille. Tout ça pour te faire engueuler par les militants, les apparatchiks de ton parti et tes conseillers en image. Tous les jours ou presque, tu vois ta cote jouer au yo-yo dans les sondages, tu lis les commentaires ironiques, sarcastiques ou condescendants des journalistes, tu te fais piéger au jeu des petites phrases et des photos qui te donnent l'air débile. Tu parles d'une croisière ! Et pourtant, ils piaffent, ils courent, ils en veulent. Personne ne les oblige, personne ne leur met un pistolet sur la tempe. Il faut bien se rendre à l'évidence : ils aiment ça. Ils adorent ça.

Je les regarde, à la télé. Je les observe. J'essaie de comprendre. Ils chahutent, se chamaillent, s'engueulent. Ça part dans tous les sens, ça crie, ça hurle, ils ne s'écoutent pas, ils parlent en même temps. Rien que de très banal. Et pourtant, ce qui frappe, à la longue, c'est autre chose. Une impression de connivence, entre eux. Au-delà de leurs divergences, de leurs oppositions. Ils s'appellent par leur prénom, se tutoient. Ils font partie du même club. Celui des candidats. Qui se retrouvent régulièrement, de plateaux de télé en studios de radio. Ils savent qu'ils sont ensemble pour un bon bout de temps. A deux, trois, quatre ou plus, ils vont continuer à débattre, à s'affronter. Puis boire un coup dans les coulisses. Ça crée des liens. Des complicités. Ils sont au-dessus du lot. Ils existent en tant que candidats. C'est leur carte de visite, leur identité. On les invite, on les filme, on les interviewe, on les sollicite de tous côtés. Ils sont une poignée, sur soixante millions de Français, juste quelques-uns. On les voit partout, on les écoute.

Dans quelques semaines, ce sera fini. Ils en profitent.
(...)

Télérama - 14 février 2002