LA PENSEE DU JOUR

Le blogg de LYRIC

samedi, avril 20, 2002

LES FOURMIS ...

PARIS, 20 avr (AFP) - "Marche sur une fourmi et mille autres t'attaqueront": les fourmis d'Argentine semblent en passe de vérifier ce proverbe africain, colonisant avec succès le sud de l'Europe, des côtes atlantiques et méditerranéennes d'Espagne et du Portugal à l'Italie, en passant par la France.
Ces fourmis ("Linepithema humile"), originaires d'Amérique du Sud, ont commencé, au début du siècle dernier, à envahir le monde en profitant de l'essordes transports de marchandises. Elles forment aujourd'hui en Europe deux supercolonies aux dimensions insoupçonnées, dont une s'étend sur plus de 6.000 kilomètres le long du littoral, selon une étude publiée dans le dernier numéro des "Comptes rendus de l'Académie nationale américaine des sciences" (PNAS). La colonie rivale, moins importante, est cantonnée en Catalogne (Espagne).
Mais en se penchant de plus près sur ces colonies gigantesques, composées de milliards d'individus issus de millions de nids, Laurent Keller (Université de Lausanne) et ses collègues, Tatiana Giraud (Université de Paris-Sud à Orsay) et Jes Pedersen (Université de Copenhague), ont été troublés par le côté "pacifique" des insectes observés. Lorsque deux fourmis se rencontrent, l'odeur due aux phéromones (substances de communication chimique) détectée par les antennes leur signale si elles ont affaire à un proche parent ou à un intrus.
Dans ce deuxième cas, elles se mettent aussitôt à se battre, souvent jusqu'à la mort.
L'examen en laboratoire de fourmis collectées sur leur aire de répartition a fourni une explication non moins étonnante : par rapport à leurs congénères d'Amérique du Sud, ces insectes ont diminué leur diversité génétique et n'ont plus que deux variants du gène impliqué dans la sécrétion des phéromones. Ainsi,deux fourmis prélevées sur des sites distants de plusieurs milliers de kilomètres n'ont montré aucun signe d'agressivité, comme si elles provenaient dumême nid.

Cohabitation

En revanche, les fourmis de Catalogne mises en présence d'individus de l'autre supercolonie n'ont pas manqué immédiatement à leur réputation, expériences qui ont par ailleurs révélé l'existence des deux entités distinctes.C'est ce sens de la cohabitation au sein des supercolonies qui semble expliquer le succès de leur grande invasion à travers l'Europe, provoquant un net déclin chez une vingtaine d'espèces de fourmis autochtones.
Sans présenter le moindre danger direct pour l'homme, la fourmi d'Argentine n'en est pas moins à l'origine de nuisances non négligeables, en pullulant dans les maisons et les jardins. Une autre étude, menée à San Francisco, a montré que ceux qui pensaient pouvoir s'en débarrasser en faisant un ménage scrupuleux et balayant la moindre miette se trompaient douloureusement. Ces petites bêtes ne viennent pas chercher de la nourriture, mais un abri lorsque le temps est chaud (plus de 25°C) et sec, ou frais (autour de 10 degrés) et pluvieux.
Sur la Côte d'Azur comme sur la côte californienne, en Australie ou dans d'innombrables autres régions tempérées du monde, le combat semble donc perdu d'avance. Le grand nombre de ces fourmis a impressionné il y a quelques années l'écrivain italien Italo Calvi au point de leur consacrer une nouvelle racontant l'histoire d'un quartier devenu totalement inhabitable à cause de ces "bestioles" envahissantes.